La Loyautaise,
rebaptisée la Tequila pour les besoins du services, 13 tonneaux, 2 mats gréés
en ketch, fut armée à partir d’avril 2006 en rade de l’orphelinat de Port aux
Français, dans la petite colonie balbutiante de Nouvelle-Calédonie. Le jeune
capitaine Bakso, dont l’obstination n’avait d’égale que la mauvaise humeur légendaire,
avait reçu du grand chef kanak Dany Katei un cahier des charges éclectique et
ambitieux, où se mêlaient explorations géographiques, anthropologiques, hydrographiques,
climatologiques avec de nombreux objectifs très précis. En outre, le ministre
des sciences Bryan Walewene avait souligné : « Si d’aventure, le capitaine Bakso
était amené à croiser dans l’archipel des Santa Cruz, il s’efforcera de se dérouter
vers l’île de Vanikoro, afin de compléter et d’étayer l’hypothèse du naufrage
de La Pérouse en ce lieu. » Ce que le jeune marin ne fit pas puisqu’il décida
par la suite de couper court directement depuis Port aux Français vers les colonies
anglaises de Nouvelle Hollande, déjà très prospères, et des parages desquelles
il rapporta une étude très fouillée et particulièrement documentée au sujet
des baleines à bosse. Le grand chef Katei, à l’instar des grands souverains
européens soulignait aussi l’état d’esprit humaniste qui devra toujours régner
dans l’expédition : « On s’efforcera d’observer la plus grande courtoisie, même
lors des escales dans les contrées les plus reculées des Indes Néerlandaises
afin de montrer à ces bons sauvages que nos puissantes nations n’ont d’intention
que de les hisser hors de leur ignorance et de leur médiocrité en tissant des
liens pacifiques aux buts purement diplomatiques et commerciaux. » Pour l’assister
dans sa lourde tâche, le capitaine recruta l’élite scientifique et diplomatique
de l’époque ainsi qu’un équipage de marins hors paire :
Laurent Guittoune
Géologue de l’expédition,
pendant son court séjour à bord, il effectua de nombreux prélèvements des
fonds marins de la mer de Corail qui permirent par la suite d’établir la
carte géomorphologique de la région, utilisée aujourd’hui encore lors des
campagnes de prospection du nickel. Terrassé par la malaria et la dysenterie,
Guittoune fut débarqué à la première escale en Nouvelle Hollande et regagna
Port aux Français à bord d’une frégate de commerce.
Heidi de la Pierre-Chemin
Economiste
polyglotte, ancienne ambassadrice des Amériques, elle initia et développa,
au cours de l’expédition, les échanges commerciaux avec
les peuplades reculées du Nusa Tengara en échangeant des icônes
de pacotille contre des tissages aborigènes de grande valeur. La
Pierre-Chemin introduisit également la culture du cacao chez toutes
les peuplades rencontrées sur le parcours de la Tequila, afin de
créer des points de ravitaillement en chocolat pour les futures expéditions.
Douée d’un charisme surdéveloppé, la Pierre-Chemin
fut débarquée de force à Batavia car elle tenta de
convertir les membres de l’équipage à une secte de son
invention consistant principalement a effectuer d’abondantes offrandes
a des divinités obscures, dilapidant ainsi les précieux vivres
du bord. D’après certains témoignages, la Pierre-Chemin
continuerait de sévir à travers tout l’extrême
orient, persuadant les esprits les plus faibles à ses croyances ésotériques.
Romain Spaghetti
Scientifique
d’origine vénitienne, taciturne, Spaghetti passe le plus clair
de son temps dans les parties les plus sombres du bateau : la salle des
machines et la cambuse. Il réalisa des travaux d’ampleur encyclopédique
sur des sujets aussi variés que la gastronomie, la mécanique
ou les radio-télécommunications. D’une nature très
influençable, Spaghetti débarqua à sa demande à
l’escale de Batavia, pour suivre la Pierre-Chemin qui exerçait
sur lui un implacable diktat de gourou.
Grégoire Diligent
Brillant
antropologue-sociologue-historien, auteur du célèbre essai
« Le bon sauvage d’Amérique centrale ». Pendant
son séjour à bord, Diligent réalisa une analyse fouillée
des us et coutumes des autochtones des Indes Néerlandaise. Très
mauvais marin, il fut débarqué sur une île inconnue
du Nusa Tengara, à l’issue d’une des colères légendaires
du capitaine Bakso, pour avoir couler la chaloupe de la Téquila et
avoir failli se noyer par la même occasion. Des témoignages
non vérifiés concourent pour attester de la présence
de Diligent, aujourd’hui encore, dans l’archipel indonésien.
Il aurait été aperçu dans la jungle profonde du Kalimantan,
où il aurait pris femme avant de s'établir par la suite dans
l’Ouest de l’île de Timor (banlieue de Kupang).
Clarisse Magloire
Médecin
de l’expédition. Pendant son séjour a bord, Magloire
produisit d’importants travaux sur les maladies contractées
lors des voyages de longue durée, notamment les infections gastriques
et cutanées. En outre, elle écrivit également un curieux
mais néanmoins intéressant mémoire sur le priapisme
généré par les vibrations de moteur à hélice.
Ayant succombé à ses charmes, Bakso, justement priapique,
fut contraint de débarquer le médecin à Bandarlampung,
afin de faire taire les nombreux commérages qui se répandaient
à bord au sujet de leur liaison, source de jalousie et de discorde
de nature à compromettre le bon achèvement de l’expédition.
Stanislas Techno-Vibes
Philosophe-voyageur
prussien, auteur, entre autres, du célèbre leitmotive «
Never you know… » Engagé par le capitaine Bakso en personne
à l’escale de Bali, afin de puiser en ce nouvel équipier
un soutien psychologique afin de relativiser face aux conditions de navigation
très difficiles à cette période. Bien qu’il fut
d’un certain secours, Bakso congédia Techno-vibes dès
l’arrivée de l’expédition sur l’île
de Java, le jeune philosophe étant en partie responsable de la grave
avarie (perte de l’hélice du bateau) survenue pendant la traversée
entre les îles Madura et Java.