préparation

 

janvier 2005 : genèse

J’arrive en Nouvelle-Calédonie par avion via Tokyo. La France sans être vraiment la France. Les tropiques, le lagon, le soleil brûlant. Nouméa, ses plages, ses ports pleins de voiliers. Beaucoup vivent à bord. Je suis juste à côté, dans mon appartement de Port Moselle et vais souvent observer jalousement les pontons.

La semaine, c’est la terre rouge de Goro, la vie rude en base vie et un chantier qui s’annonce particulièrement merdique et laborieux. Je regrette déjà le petit nid doré de Nafpaktos et le chantier de rêve d’Antirion. Vus les horaires quasi-inhumains de la semaine, je m’impose assez vite de m’abstenir de travailler durant le week-end.

Même sans connaître personne, je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer. Entre les séances d’initiation à la plongée bouteille, de planche à l’Anse Vata et de rando dans les montagnes de la Kanakie, je dévore des récits de mer, Moby Dick, L’île au trésor, Tamata et l’alliance, le Robinson des mers, Demain je serai tous morts… Une mise en condition en somme, s’il en était besoin. Je me fais une idée du bateau idéal à l’aune de ma modeste expérience de voile : robuste, en acier, plutôt lourd, avec deux mâts. « Qui veut voyager loin… »

Je lorgne aussi sur les petites annonces du coin du capitaine, un entremetteur pour la vente de bateaux d’occasion basé sur le quai. Déjà, mes yeux s’arrêtent sur l’annonce d’un « petit Joshua » basé dans la baie de Chateaubriand, à Lifou…

Petit à petit, je me rends compte que les économies déjà accumulées en Grèce, mon salaire très confortable en Calédonie et le faible niveau de dépense d’un mode de vie en prise en charge complète, nourri, logé, blanchi et véhiculé toute la semaine, me permettent d’envisager un projet de croisière à la fin du chantier. Je commence donc à esquisser la trame d’un budget, le genre de bateau et la durée de voyage que mes moyens me permettent. Mais tout cela est très vague et encore du domaine du rêve.

septembre 2005 : ne rien regretter

L’idée un peu folle se mue peu à peu en obsession. Mon contrat devant initialement se terminer en avril, je me retrouve au pieds du mur. Acheter un bateau pour rentrer en France s’impose à moi, c’est une évidence. Je dois désormais tout faire pour voir ce projet aboutir et surtout ne rien regretter. Je commence donc à visiter des bateaux. Et il y a du choix : beaucoup de tourdumondistes font halte temporairement ou définitivement à Nouméa.

Funambule : un joli sloop  à dérive intégrale en alu, très bien tenu, qui vient de mener ses propriétaires depuis la France jusqu’ici. Mais Funambule est hors budget. De plus, il ne remplit pas un de mes autres critères puisqu’il n’a qu’un seul mât …En plus, la dérive téléscopique et l’idée d’avoir un trou au milieu du bateau ne me disent rien qui vaille.

Freesoul : j’ai bien failli craqué : ketch en fibre de type Manitou, un plan australien pouvant être gréer aussi bien en sloop qu’en ketch juste dans mon budget. Une petite merveille très bien aménagée : cockpit central et gigantesque cabine-baisodrôme arrière. Pourtant, je trouve le bateau trop bas sur l’eau et les deux mâts sont liaisonnés par un câble en tête, donc pas vraiment indépendants. Le bateau est très attirant mais paraît bien frêle. Les propriétaires ne se sont jamais aventurés hors du lagon et Freesoul n’a pas dû faire beaucoup plus de chemin qu’un Brisbane-Nouméa et relève plus du petit bijou dans son écrin de corail que de la bête de croisière que je recherche.

décembre 2005 : la rencontre

Au dire du propriétaire de Freesoul, le « « petit Joshua » de Lifou est toujours à vendre. Je décide donc d’aller visiter un week-end ce bateau qui remplie tous les critères fixés. Il appartient à Xavier, un breton installé là-bas avec sa femme Silk pour s’occuper de la base nautique de Wé. Ceux-ci habitaient à bord depuis 6 ans et ont dû déménager à terre à la venue de leur deuxième enfant. Je comprends à quelle point le bateau a une valeur affective pour eux. Je leur parle de mon projet : ceux-ci sont ravis que Téquila puisse retrouver la liberté après quelques années de navigation dans le lagon Calédonien, qui est moins son domaine de prédilection. Téquila est un bateau fait pour le large !

Nous faisons une rapide petite sortie avec Xavier en baie de Chateaubriand, dans un vent très léger. Je suis conquis par la robustesse et la simplicité des équipements (drisses de mâts extérieures, étarquage au palan, haubans à serre-câbles facilement changeables, circuits d’eau, d’électricité et moteur très accessibles, etc.). Malgré son poids, le bateau file bien. Je visite rapidement l’intérieur assez rudimentaire, inspecte la coque sous l’eau et sous les planchers et me rend vite compte que le bateau est parfaitement sain, même s’il nécessite une maintenance sur certains points avant une grande navigation. Je dors à bord pour la première fois le temps d’un week-end et repars sur la Grande-Terre en m’accordant 1 semaine de réflexion. Je rappelle Xavier quelques jours plus tard pour conclure l’affaire. Celui-ci convoie Téquila pour la dernière fois mi-décembre, vers la marina Port du Sud, dans la baie de l’Orphelinat, à Nouméa. L’acte de vente est signé le 26 décembre 2005.

janvier - août 2006 : préparation

Je commence à dresser un liste et un programme d’actions et me rend vite compte qu’il va y avoir du taf, compte tenu que je ne pourrai vraiment travailler que les week-ends, étant la semaine à Goro et qu’il faut prévoir sur les 8 mois, le plus de navigation possible, afin de bien connaître le bateau et d’effectuer les modifications nécessaires le cas échéant. Après deux petites sorties de prises en main dans les îlots proches de Nouméa, je fais gruter Téquila à sec au port de Nouville, afin de le caréner. Je passe pas moins de 4 week-ends à poncer et repeindre toute la coque sous la ligne d’eau, non sans l’aide précieuse d’Heidi, Romain, Stella, Donatien et Jean-Daniel. Téquila est à l’eau début mars, avec un magnifique anti-fooling rouge, bordée d’une ligne d’eau noir.

Les mois qui suivent sont consacrés à :
-l’achat du matériel de sécurité pour la navigation hauturière,
-le changement des serre câbles de haubans pratiquement tous rouillées,
-le changement des rails d’accroches de haubans initialement en acier noir, que je fais refaire en inox (ils se corrodaient inévitablement aux points critiques de contact des manilles de haubans, la peinture évlatant sous la contrainte de tension des haubans),
-le changement de la tête de safran toute rouillée et pleine de jeu ( que je fais refaire également en inox),
-le remontage des échelons du mât d’artimon, que l’ancien propriétaire avait enlevés de colère après que l’un d’eux ait lâché sous son poids
-divers modifications électriques (ajout d’une radio BLU, d’un détecteur radar mer-veille, d’une prise 220V ondulée…)
-la peinture complète du pont et divers retouches à quelques endroits attaqués par la corrosion dans les fonds
-le remplacement des 2 winches, très fatigués
-une bonne révision du moteur

dimanche 3 septembre 2006, Nouméa

Et voilà, dernier week-end en Calédonie fini. Dernière soirée avec les potes, une belle tranche de vie qui s'achève. Sensation mitigée, gorge sérée de quitter la Calédonie et ma petite vie bien paisible ici ( en dehors de l'enfer rouge de Goro, bien-sûr !), excitation pour la nouvelle page et la belle aventure qui se profile, et stress lié à l'angoisse du départ, la multitudes de petites tâches et problèmes à solder avant de larguer les amarres. En attendant Heidi et Romain, je prends pieds petit à petit dans l'ambiance du milieu des marins aux longs cours, échanges de cartes, prise de connaissance de bateaux faisant la même route que moi, actuellement à Nouméa. Téquila est magnifique. Aurélien et Lise m'ont aidé aujourd'hui aux préparatifs en refaisant la jolie bande noire originale de Téquila sur le rail de fargue que j'avais recouverte de peinture blanche lors du carénage en Février. Un grand merci à eux ! Il reste pourtant encore à faire (électricité, vidange du moteur, vérification générale de l'accastillage de pont, nettoyage de la coque sous l'eau pour ne pas introduire d'animaux étrangers en Australie, et modification du circuit de gaz, qui n'est pas conforme pour mon assurance tout-risque...), mais on en voit quand même le bout. Le départ est prévu maintenant pour jeudi ou vendredi, tôt le matin. Sortie du lagon par la passe de Dumbéa et arrivée prévue à Bundaberg, à quelques centaines de kilomètres au Nord de Brisbane. C'est le plus court depuis Nouméa (790 milles nautiques). La traversée peut durer de 5 à 8 jours environ, en fonction de la bonne marche du bateau et de la météo rencontrée.

programme de navigation et budget prévisionnels

Ci-dessous le programme de navigation prévu avec Téquila. Si ça vous dit de venir faire un bout de chemin avec nous, n'hésitez pas !

Date prévisionelle d'arrivée Pays Escale Distance Distance
 Cumulée
Vitesse moyenne Durée
estimée
Remarques
Début septembre 2006
Début septembre 2006
Fin septembre 2006
Fin octobre 2006
Fin décembre 2006
Nouvelle-Calédonie
Australie
Australie
Australie
Indonésie
Nouméa
Brisbane
Cairns
Darwin
Java

730 MN
855 MN
950 MN
1 200 MN

730 MN
1 585 MN
2 535 MN
3 735 MN

5.0 noeuds
4.0 noeuds
4.0 noeuds
4.0 noeuds

1 semaine
3 semaines
1 mois
2 mois

traversée
cabotage
cabotage
cabotage
Retour en France pour Noël
Mi-janvier 2007
Mi février 2007
Début mars 2007
Mi mars 2007
Fin mars 2007
Mi avril 2007
Début mai 2007
Mi juin 2007
Mi juin 2007
Début juillet 2007
Mi juillet 2007
Début août 2007
Fin août 2007
Indonésie
Singapour
Thaïlande
Sri Lanka
Inde
Oman
Djibouti
Egypte
Egypte
Eypte
Crête
Malte
France
Java
Singapour
Phuket
Galle
Cochin
Mina Raysut
Djibouti
Suez
Port-Saïd
Sidi Kerir
Eraklion
Vallete
Marseille

870 MN
520 MN
1 080 MN
475 MN
1 390 MN
750 MN
1 315 MN
100 MN
138 MN
370 MN
615 MN
870 MN

4 605 MN
5 125 MN
6 205 MN
6 680 MN
8 070 MN
8 820 MN
10 135 MN
10 235 MN
10 373 MN
10 743 MN
11 358 MN
12 228 MN

4.0 noeuds
5.0 noeuds
5.5 noeuds
4.0 noeuds
4.0 noeuds
4.5 noeuds
4.0 noeuds
4.0 noeuds
5.0 noeuds
5.0 noeuds
5.0 noeuds
5.0 noeuds

1 mois
2 semaines
8 jours
1 semaine
2 semaines
3 semaines
1.5 mois
2 jours
1 semaine
1 semaine
2 semaines
1 mois

cabotage
cabotage
traversée
traversée
traversée
cabotage
cabotage
canal de Suez
cabotage
traversée
cabotage
cabotage

1 Mille Nautique (MN) vaut 1,852 km
1 Noeud = 1MN/h soit 1,852 km/h

Et voilà le budget prévisionnel, très large, surtout au niveau dépenses de vie à bord prévisionnelle. Dites-moi aussi si vous avez des questions là-dessus ou des remarques, je peux vous montrer la version détaillée :

Budget Global sur 21 mois (préparation + navigation)
Poste Montant (€)
Budget Global 72 501
Achat du bateau (y c frais administratifs et douanes) 25 327
Aménagements
dont:
      carénage (y c grutage, peinture et outils divers)

      équipement pour navigation hauturière
      (y c survie, balise, radio BLU, détecteur RADAR, pilote auto, GPS et VHF de            secours, kit fusées, onduleurs, cartes et pilotes cotiers)

      équipements divers (maintenance, rénovation...)

17 727
2 609

7 831


7 287
autres (loyer au port de Nouméa, vie à bord, impôts, etc.) 27 465
assurances (tout risque bateau, accident, RC...) 1 982

téquila au mouillage à Prony

mouillage 1
mouillage4
mouillage2
mouillage3

premières navigations

carénage de téquila

- téquila : première sortie - troisième week-end(10 Mo)
- quatrième week-end(10 Mo)